Trevanian

Etre gentil, c’est la façon dont un homme fait son chemin dans la société s’il n’a pas l’étoffe d’être dur ou la classe d’être brillant.

Trevanian est l’un de ces écrivains mystérieux dont l’Amérique à le secret. A l’instar d’un Stalinger ou d’un Pynchon, il a vécu reclus et il n’existe aucune photo connue de lui. Il a écrit de nombreuses nouvelles et sept romans, mais on lui prête également d’autres ouvrages rédigés sous le pseudonyme de Nicholas Seare.
On pense aujourd’hui avec une quasi certitude que derrière Trevanian se cachait William Rodney Whitaker, professeur d’université né le 12 juin 1931 à New York et décédé le 14 décembre 2005 en Angleterre. Mais l’homme a toujours entretenu le mystère et a laissé derrière lui, au gré de rares interviews, un nombre incalculable de fausses pistes. Ses ouvrages contribuent encore à brouiller les pistes, en mélangeant habilement à la fiction des éléments de la vie supposée de l’auteur. Ainsi, on a longtemps cru qu’il était né à Tokyo le 12 janvier 1925, et qu’il vivait dans le pays Basque. Certains ont même avancé l’hypothèse que Trevanian n’était autre que Robert Ludlum !

Subtiles parodies de romans d’espionnage, ses livres se sont vendus à plus de 5 millions d’exemplaires dans le monde et ont été traduits dans 14 langues. Le plus célèbre est sans doute La Sanction, qui fit l’objet d’une adaptation au cinéma avec Clint Eastwood en 1975. Mais son chef-d’œuvre, c’est Shibumi, écrit en 1979, que les éditions Gallmeister nous propose aujourd’hui dans une traduction entièrement revue.
Le livre raconte le destin tragique d’un certain Nicholaï Hel, tueur à gage implacable pétri de culture japonaise et de son ultime affrontement avec la Mother Company, une agence gouvernementale américaine aux ramifications tentaculaires. Ce qui est proprement sidérant, c’est de voir combien ce livre n’a pas pris une ride et reste tout à fait valide aujourd’hui dans ses attaques contre une certaine Amérique qui étend son mode de pensée à tout l’occident. Trevanian noircit le trait à l’excès et s’en donne à cœur joie, n’épargnant personne : français, anglais, palestiniens, israéliens, tout le monde en prend pour son grade ! Seuls les basques trouvent grâce à ses yeux, ce qui nous vaut de très belles pages à la fois picaresques et poétiques.
Mais derrière l’humour, derrière chaque bon mot, se cache une pensée profonde qui fait de Shibumi un livre réellement important, un livre qui vous fait réfléchir et vous enrichit, et qui en ces temps de crise économique mondiale apparaît presque prophétique.

La bibliothèque de Babel (Ed. du Panama)

C’est sur la demande de l’éditeur italien Franco Maria Ricci que Jorge Luis Borges accepta de diriger La bibliothèque de Babel, une collection d’anthologies de textes fantastiques, chaque volume étant dédié à un auteur et augmenté d’une préface du poète argentin. S’y côtoient des écrivains célèbres (Henry James, Jack London, Oscar Wilde, …) et d’autres souvent moins connus (Machen, Papini, Meyrink, …).
Près d’une trentaine de titres ont paru en Italie, mais seuls quelques uns avaient fait l’objet d’une traduction en français, et sont depuis aujourd’hui introuvables.
Les éditions du Panama ont eu la bonne idée de reprendre le flambeau en 2006 et huit titres sont déjà disponibles. A la qualité des textes, souvent rares, s’ajoute un travail remarquable quant à la finition des ouvrages eux-mêmes, imprimés sur beau papier, dans un format proche de celui des livres Actes Sud, et reprenant les illustrations superbes de l’édition originale.

Pour tous ceux pour qui le livre est un objet rare, La bibliothèque de Babel est un joyau qu’ils se doivent d’avoir présent sur leurs étagères !