Bond, James Bond

– Avez-vous faim ? finit-elle par demander.
– Je défaille, dit Bond.
– Qu’est-ce qui vous ferait le plus envie ?
Bond réfléchit un instant.
– Quelque chose de léger, pour commencer. Des œufs Benedict, par exemple. Puis un peu de caviar, comme celui que Darius m’avait fait goûter dans son jardin. Une sole meunière. Une perdrix rôtie. Une bouteille de bollinger
Grande Année 1953 et un peu de vin rouge – un château-batailley, qu’un ami m’a récemment fait découvrir à Paris.
– Rien d’autre ?
– J’aimerai déguster tout cela dans une chambre d’hôtel, entièrement nu. Au lit. Avec vous. Maintenant, allongez-vous et reposez-vous un peu. Je vous réveillerai quand il sera l’heure. Pensez à cette chambre d’hôtel et essayez de dormir.

Sebastian Faulks – Le diable l’emporte (p. 255)

Ian Fleming, le créateur de James Bond était lui-même, à sa façon, un personnage peu ordinaire.
Ancien membre des services secrets britanniques, séducteur, un rien dandy, il avait la réputation de fumer jusqu’à 70 cigarettes par jour et de boire chaque soir une demi bouteille de whisky ! Pas étonnant dans ces conditions qu’il soit mort d’une crise cardiaque à seulement 56 ans, en 1964.
Autant dire qu’il n’aura rien vu du succès phénoménal de son personnage, quand bien même à cette époque les livres se vendaient très bien et Sean Connery s’apprêtait à revêtir pour la troisième fois le smoking de l’agent 007.

Aujourd’hui, les livres de Fleming peuvent sembler un rien désuets, et parfois même choquer, de par les préjugés – courants pour l’époque – qu’ils véhiculent parfois. Sans être raciste, Bond apparaît ainsi souvent condescendant envers les étrangers, pétri qu’il est encore de vieux réflexes colonialistes (nous sommes, rappelons-le, dans les années 50). De même,  il est effroyablement – et irrémédiablement – sexiste…

Mais il serait regrettable de s’arrêter à cela, tant Fleming est un conteur hors pair et sait mener son suspens avec maestro. Si les éditions françaises n’ont pas toujours été du meilleur niveau, comme le souligne Jacques Layani dans son livre On ne lit que deux fois (éditions Ecriture), les éditions Bragelonne ont entamé en 2006 la publication de nouvelles traductions de très bonne facture signées Pierre Pevel, et trois titres sont d’ores et déjà disponibles.

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A sa mort, Fleming laisse 12 romans et une poignée de nouvelles, qui tous serviront d’une manière où d’une autre de trame aux différents films qui depuis 1962 se succèdent à un rythme soutenu. Cependant, ces adaptations, si elles ont permis d’imposer le mythe James Bond, ont pris quelques libertés avec le personnage décrit dans les livres.
En effet, le Bond de Fleming est un être froid, violent, complexe, très éloigné du playboy bon enfant jamais avare d’un bon mot qu’incarna longtemps Roger Moore et, dans une moindre mesure, Pierce Brosnan. On notera cependant au passage qu’avec l’arrivée de Daniel Craig dans le rôle titre, la série retrouve un nouveau souffle et semble se rapprocher du personnage des origines.

En 2008, à l’occasion du centenaire de la naissance de Ian Fleming, les ayant-droits de l’auteur ont eu la bonne idée de confier à l’écrivain anglais Sebastian Faulks l’écriture d’une nouvelle aventure de l’agent britannique. Celle-ci démarre en 1967, en pleine guerre froide, quelques mois après les événements décrits dans le livre Octopussy, le dernier écrit par Fleming. C’est donc bien le héros de ce dernier qui est de retour ici, et en très grande forme !
Faulks sait jouer à merveille des codes du roman d’espionnage, et tous les ingrédients qui font Bond sont là aussi pour notre plus grand plaisir. L’action se déroule entre Londres, Paris et Moscou, en passant par l’Iran et l’Afghanistan, l’occasion pour l’auteur de nous remettre en tête quelques notions de géopolitique essentielles qui nous rappellent les origines des conflits actuels au Proche Orient.
Le diable l’emporte ne manque pas non plus d’humour ni de charme, et l’on ne peut que sourire devant la réaction de Bond lorsque, dans les premières pages du roman, il revient à Londres après une assez longue absence et se trouve confronté au swingin’ London et ses hippies…

Le seul regret que l’on peut avoir, au final, c’est que ce roman restera sans suite : il a été écrit spécifiquement pour commémorer l’anniversaire de la naissance de Fleming, et Faulks semble maintenant tourné vers d’autre projets…

A lire :
Sebastian Faulks – Le diable l’emporte (éditions Flammarion)
Ian Fleming – Casino Royale, Vivre et laisser mourir, Moonraker (éditions Bragelonne)
Jacques Layani – Ian Fleming : on ne lit que deux fois (éditions Ecriture)

A voir :
Casino Royale (2006)
Quantum of Solace (2008)

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