Alan Moore – La voix du feu (Ed. Calmann-Levy)

S’il est bien connu (et reconnu) comme scénariste de bande dessinée, on sait moins qu’Alan Moore est aussi l’auteur d’une poignées de nouvelles et d’un roman, La voix du feu, fort bien traduit chez nous par Patrick Marcel l’an passé dans la collection Interstices des éditions Calmann-Levy.

Dans ce livre ambitieux, Moore entend retracer l’histoire de Northampton, sa ville natale, depuis l’aube de l’humanité jusqu’à nos jours.  Plus qu’un roman, il s’agit plutôt ici d’un collage de nouvelles, qui toutes se situent à un moment historique différent, mais au même lieu, chacune constituant une strate supplémentaire sur laquelle se construit la suivante.
Si le livre ne tient pas toutes ses promesses, le récit est souvent captivant et, en passant au roman, Alan Moore a su préserver la musicalité si particulière de sa prose.
La dernière partie du livre est tout spécialement intéressante puisque c’est Moore lui-même qui en est le personnage principal. Il nous invite ainsi à le suivre tout au long d’une journée, évoquant ses lieux de prédilection, ses amis, son travail.
Il évoque aussi de manière à la fois pudique et très intime sa pratique de la magie, qu’il lie de façon tout à fait inextricable à son activité de créateur. Ce sont là quelques unes des plus belles et fascinantes pages de l’ouvrage.

 

Le rituel est simple, en son genre, prévu seulement comme un point focal, une plate-forme conceptuelle où se tenir, au coeur des tourbillons et des glissements de ce terrain illusoire : des serpents imaginaires sont placés aux points cardinaux, en protection contre les pièges mentaux que symbolisent ces directions majeures, tandis qu’appel est fait en même temps à des vertus tout aussi symboliques. En ce domaine l’idée est la monnaie unique, et toutes les idées sont des idées réelles. Un langage pesant est engendré et utilisé pour arrimer ces images comme des bouées de repère à l’intérieur de l’esprit. Cette incantation et le roman progressent ensemble vers le silence prégnant, suspendu, de leur culmination. Voilà comment on fait les choses ici, et comment on les a toujours faites.
Vin, fleurs de la passion et autres substances de la terre. Formes peintes avec les doigts tordus en l’air. Des gestes dérangés, bien entendu, mais après tout, le dérangement est le but recherché. Exprime le désir en termes à la fois lucides et transparents. Ecris-le, de crainte qu’il ne soit oublié quand le spasme frappera. Maintenant, au creux de l’estomac, le fourmillement d’extases horribles qui approchent. Un nom prononcé, un appel lancé, et puis le silence. Échec. Rien ne se passe et soudain, l’élan d’autre chose. Soudaine déperdition de chaleur, et convulsion. Parcours précipité, visage blême, d’une échelle de grenier transformée en escalier d’Escher, ne parvenant à atteindre l’ultraviolet de la salle de bains éclairée au néon qu’au moment où le venin remonte pour se déverser dans la porcelaine béante.


Alan Moore – La voix du feu (Éditions Calmann-LevyCalmann-Levy – collection Interstices)

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s