Datavision : l’essor du livre numérique aux Etats-Unis

Vu sur le web, ce graphique très clair qui souligne l’essor important du livre numérique aux USA. On notera que la liseuse s’impose de plus en plus aux éditeurs comme le support idéal (seuls 31% lui préfèrent la tablette, ils étaient 46% en 2010). En ce sens, les femmes leurs donnent raison : elles sont 21% à posséder une liseuse, contre 16% d’hommes (mais on le sait, les femmes lisent plus que les hommes).

Surtout, on retiendra quelques chiffres :

  • 117% : l’évolution des ventes en 2011 par rapport à 2010
  • -35,9% : la baisse des ventes de livres papiers au format poche
  • -17,1% : la chute globale du marché du livre imprimé
  • 29% : le pourcentage d’américains qui possèdent un appareil susceptible de lire un ebook
  • 30% : le pourcentage d’étudiants universitaires qui possèdent une liseuse (31% possèdent une tablette)
  • 70 millions : le nombre de gros lecteurs aux USA (ceux qui achètent plus de 10 livres par an, quel que soit le support)
  • 30% : le pourcentage qui choisissent les livres qu’ils vont acheter en librairie
  • 70% : le pourcentage d’acheteurs d’ebooks sur Amazon (27% utilisent Barnes & Nobles)

Infographics: eBooks Growth
Courtesy of: CreditDonkey

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(J’ai emprunté le titre de cet article au livre de David McCandless, Datavision, que je vous recommande chaudement ! )

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Mobilis in mobile

Dans son éditorial du dernier numéro de WIRED UK (daté de mai), David Rowan souligne l’importance qu’il y a à ses yeux à toujours se voir comme une start-up, même lorsqu’en réalité on fait partie d’un grand groupe comme Condé Nast : « A mesure que nous grandissons, écrit-il, nous cherchons encore et toujours à préserver cette culture d’adaptabilité et d’agilité propre aux start-up. Nous savons que nous échouerons dans notre mission, ajoute t-il, au premier signe de complaisance, en l’absence de toute réflexion nouvelle. »

Eric Boustouller ne dit pas autre chose dans son livre L’atout numérique (1), lorsqu’il parle de l’entreprise agile : « Etre agile, pour une entreprise, c’est aussi laisser le temps et la place aux idées neuves (…) Avec le numérique, ce n’est donc pas seulement les individus ou les salariés qui peuvent évoluer et apprendre tout au long de leur vie. C’est l’entreprise toute entière qui devient « apprenante ». Dès sa conception, ses structures, ses outils, son organisation vont lui permettre de s’adapter en cours de route à n’importe quel changement. »

Sans doute parce qu’elle est arrivée sur le marché du travail dans un monde en crise, la génération Y a, je crois, parfaitement intégré ces principes, et s’il ne devait y avoir qu’une leçon à apprendre d’elle, ce serait celle-là : dans un monde globalisé, un monde en mouvement, il faut être soi-même en mouvement, ne jamais cesser de questionner, de s’adapter et de se réinventer. Mobilis in mobile, être mobile dans l’élément mobile.

Dans le domaine du livre, nous continuons à fonctionner selon de vieux schémas amenés à disparaître. Le tracé des cartes que nous suivons pour avancer date du siècle passé et ne prend pas en compte les autoroutes qui maintenant recouvrent nos vieilles nationales. Comme le dit Seth Godin dans son livre Poke the box (2) : « Notre société récompense ceux qui dessinent les cartes, non ceux qui les suivent aveuglément. » Malheureusement, aujourd’hui, ceux qui dessinent les cartes du livre numérique, se sont Amazon, Apple et Google, dont les préoccupations sont hégémoniques et mercantiles.

Nos gros groupes d’éditions ne veulent pas du livre numérique, parce que le livre numérique remet profondément en cause leur système économique. En effet, et c’est une spécificité toute française, les circuits de distribution du livre sont ici la propriété des grands éditeurs (3), ce qui leur permet de réaliser des profits substantiels : ils gagnent de l’argent lorsque le livre se vend, mais aussi en l’acheminant vers le libraire, et encore en gérant le flux des retours et le stockage dans leurs entrepôts pour le compte des petits éditeurs qui les rémunèrent en conséquence.

Au fil des ans, ces groupes ont investis des sommes colossales dans des outils de distribution extrêmement élaborés, et ces investissements ont payé et financent en retour (du moins en partie) l’activité éditoriale, qui sans cela serait beaucoup plus fragile.  Mais voilà qu’arrive le numérique, qui se passe de toute distribution physique. On le voit, il ne s’agit plus seulement des libraires qui sont menacés, mais bien toute la chaine du livre telle qu’elle fonctionne aujourd’hui.

On peut reprocher aux éditeurs français leur manque de clairvoyance, on peut les accuser de n’avoir rien vu venir, alors que le précédent qui a mis l’industrie du disque à genoux n’a pas dix ans. Pour autant, il ne sert à rien de les condamner pour leurs actions passées, qui, rappelons-le, quand bien même le système peut paraitre biaisé et faillible, a contribué aussi au développement de notre patrimoine culturel. Les voilà aujourd’hui face à un choix cornélien : laisser faire et mourir, parce que si rien ne change, ils mourront, ou refuser le numérique (en imposant par exemple les DRM, des prix trop forts quand toutes les études préconisent une remise de 40% par rapport au prix du livre papier et un choix éditorial restreint), gagner ainsi du temps, mais mourir aussi, un peu plus tard, après avoir ouvert au passage la voie au piratage, une voie sans retour possible comme on l’a vu avec la musique.

Aujourd’hui, à moins de se réinventer, ils se condamnent à disparaître ; à moins d’un sursaut salutaire, c’est aussi notre patrimoine culturel qui est menacé. Enfermés dans leurs schémas économiques et leur logique de grands groupes, ils semblent incapables de s’adapter : c’est parce qu’ils ne pensent pas encore start-up.

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(1) Eric Boustouller – L’atout numérique, pour en finir avec une mélancolie française (Editions JC Lattès 2012) Eric Boustouller est président de Microsoft France et vice-président de Microsoft International, et ce qu’il dit du modèle de fonctionnement choisi par son entreprise pourrait en inspirer plus d’un.

(2) Seth Godin – Poke the box (Editions Diateino 2011)

(3) Ainsi, à titre d’exemple, la SODIS appartient à Gallimard, Volumen au groupe Seuil/La Martinière, Union Distribution à Flammarion.

Le marché du livre aux Etats-Unis en janvier 2012

Selon l’ Association of American Publishers, le marché du livre aux USA a fortement progressé en janvier 2012 par rapport à janvier 2011, aussi bien sur support papier que sur support numérique :

+ 27,1% sur les ventes totales (396M$ en janvier 2011 / 503,5M$ en janvier 2012, tous supports confondus)

+16,4% sur les livres pour adultes (277,4M$ en janvier 2011 / 323M$ en janvier 2012, tous supports confondus)

+80,5% sur les livres jeunesse & jeunes adultes (71M$ en janvier 2011 / 128,2M$ en janvier 2012, tous supports confondus)

La bonne santé du livre aux USA en ce début d’année s’explique par une fréquentation en hausse des librairies et une augmentation du trafic en ligne sur les sites marchands, porté par un programme éditorial fort. Il faut cependant temporiser : la fermeture des librairies de la chaîne Borders avait entrainé un taux de retours important contribuant à la dégradation des résultats en janvier 2011.

A titre de comparaison, le marché français en janvier 2012 était à -1,5%, à +1,5% en janvier 2011. L’année 2011 c’est terminée sur un recul de 1 point, tous les secteurs du livre étant dans le rouge, à l’exception du poche (+1%) et de la jeunesse (0%) (source : Livre hebdo).

En ce qui concerne le livre numérique, l’évolution en France est régulière mais on est encore loin de la révolution annoncée, en dépit de l’arrivée remarquée en novembre du Kindle d’Amazon (et du Kobo à la FNAC). Le secteur pèse aujourd’hui 12M€, soit environ 4% du marché total du livre en France. GFK estime qu’il passera à 21M€ en 2012, 32M€ en 2013, 45M€ en 2014 pour arriver à 55M€ en 2015. Cependant, une hypothèse base l’imagine plutôt plafonnant à 33M€ à l’horizon 2015.

Aux USA, la part du livre numérique est de 31,1% en janvier 2012, soit 6 points de plus par rapport à l’année précédente. Sur le segment adulte, la progression est de 49,4%, à 99,5M$ et, si l’on reste sur la même tendance en 2012, devrait dépasser à l’horizon 2013 le support poche, qui lui baisse de -22,5%, tandis que le grand format affiche une forte progression (+21,6% pour les reliés et +6,1% pour les brochés).

La progression est encore plus forte sur le segment jeunesse / jeunes adultes : 22.6M$ en janvier 2012 pour « seulement » 3.9M$ en janvier 2011, soit une progression de +475.1% ! Dans le même temps, les livres reliés progressent  de +68,9% et les poches de +61,9%.

Il apparaît donc à la lecture de ces chiffres que l’engouement réel des américains pour le livre numérique a des répercutions positives également sur le support papier, avec une progression très forte du segment jeunes adultes, quasi inexistant chez nous.

Cela dit, nos éditeurs ne s’y sont pas trompés, et des collections estampillées « Young adults » arrivent dans les prochaines semaines sur les tables de nos librairies.

Nota : les données fournies proviennent du site de l’AAP, et concernent un panel de 1149 éditeurs. Les chiffres donnés ne sont donc pas nécessairement ceux du marché américain dans son ensemble, mais les pourcentages indiqués sont bien le reflet de l’activité.

« La couverture d’un livre est comme un haiku de l’histoire »

Depuis 25 ans, Chip Kidd est l’un des plus influents graphistes américains, spécialisé dans la réalisation et le design de couvertures de livres.
Dans cette conférence, donnée en mars dernier au TED, il revient sur son parcours, mais surtout nous explique de façon simple – et avec beaucoup d’humour – l’importance de son travail, et pourquoi, aujourd’hui, le livre numérique ne peut pas (ou pas encore) rivaliser avec le livre papier : « Il y a beaucoup à gagner du livre électronique : la facilité, la commodité, la portabilité. Mais quelque chose est définitivement perdu : la tradition, une expérience sensuelle, l’aspect sécurisant du bidule – un peu de notre humanité  »