Amy Waldman – un concours de circonstance (Editions de l’Olivier)

Quelques années après le 11 septembre 2001, un concours est organisé pour édifier un mémorial sur le lieu de l’attentat. Les contributions sont anonymes, et le finaliste se révèle être… un musulman. Avant même que le résultat soit officiellement annoncé, la nouvelle est ébruitée par la presse et il s’en suit un énorme scandale. Les familles de victimes, les politiques, les lobbies religieux se déchirent dans les médias et dans la rue pour faire valoir leurs différents points de vue.
Au centre de la tourmente, Mohammad Khan, l’architecte finaliste refuse de clarifier ses positions sur l’Islam, estimant que seul son projet compte. Claire Burwell, qui a perdu son mari dans l’attentat et représente les familles des victimes au sein du jury, a la conviction qu’il faut défendre le projet de Khan. Pourtant, devant l’ampleur prise par les évènements, le doute finit par la gagner. Alyssa Spier, gratte-papier sans grand talent, voit enfin pour elle l’opportunité de se faire un nom, au risque d’allumer un feu qui risque d’embraser tout le pays. La tension monte, et les dérapages se multiplient…
Amy Waldman, journaliste dont c’est le premier roman, nous offre un portrait sans concession sur les Etats-Unis aujourd’hui, un pays perdu dans ses contradictions. On pense au Tom Wolfe du Bûcher des Vanités et, de fait, on tient là un nouveau grand roman sur l’Amérique.

Les livres numériques sont-ils de vrais livres ?

Les livres de poche sont-ils de vrais livres ? Leurs lecteurs sont-ils de vrais lecteurs ? (Jean-Paul Sartre dans la revue Les temps modernes)

Ralentissons le progrès de la bêtise, s’il vous plaît. Encore un instant, Monsieur le bourreau numérique. (Frédéric Beigbeder, préface à Premier bilan après l’apocalypse)

Il y a peu j’ai testé à la maison la dernière liseuse SONY : bel appareil, léger, élégant, et un affichage à mon avis bien au-dessus de ce qu’offre actuellement la concurrence. Pour autant, Le surlignage et la prise de notes sont incontestablement plus faciles, plus intuitifs, plus agréables sur mon Ipad. Et puis le seul noir & blanc, le flash noir à l’affichage des pages, un tactile d’un autre temps sont pour l’instant rédhibitoire. Mais la tablette, elle, souffre de son poids, de sa (relative) faible autonomie et de son écran rétro-éclairé (fatigue oculaire, mais surtout impossibilité de lire en extérieur). Certes, comme le souligne François Bon, on voit se profiler une convergence des deux technologies qui à terme débouchera sur un support parfaitement adapté, mais pour l’heure, j’ai un peu l’impression qu’on veut nous vendre à tout prix des objets qui ne correspondent pas à nos attentes. Pas d’enthousiasme délirant de ma part pour le lecteur numérique, donc, mais, à l’inverse, une curiosité forte pour le livre numérique. Nouveau support, nouvelles habitudes de lecture, nouvelles manières d’écrire, le livre numérique propose tout cela à la fois. Pourtant, le livre numérique fait peur, parce qu’il porte en lui une révolution : avec lui, c’est toute la chaine du livre qui bouge, et cela ne se fera pas sans casse. En même temps, cela fait des années que j’entends libraires et éditeurs dire que le numérique ne prendra pas : parce qu’ils n’en voulaient pas, ils ont cru que personne n’en voudrait. Aujourd’hui les voilà face au mur, et alors qu’ils auraient pu s’y préparer, ils semblent maintenant condamnés à réagir à défaut de pouvoir véritablement agir. Aucun ne semble avoir retenu la leçon de la dématérialisation de la musique qui, il y a à peine dix ans, a mis l’industrie du disque à genoux. Pire, on reproduit les mêmes erreurs, en recourant par exemple aux DRM, ces protections que n’importe quel gamin fera sauter en deux minutes, et qui n’ont pour effet que d’encourager le piratage.

Pourtant, il ne s’agit pas (ou plus) d’être pour ou contre le numérique, comme certains feignent encore de le croire. Arrêtons d’opposer l’ebook au papier, arrêtons de ne pas voir l’évidence : comme le poche en 1953, le livre numérique est appelé à révolutionner nos habitudes de lecture. Il n’est pas là pour remplacer le papier, il n’annonce pas la fin de la littérature, il ne symbolise, pas plus que le poche il y a 70 ans, l’émergence d’une sous-culture (à l’époque, le philosophe Hubert Damisch dénonçait « une entreprise mystificatrice puisqu’elle revient à placer entre toutes les mains les substituts symboliques de privilèges éducatifs et culturels »).

Ne soyons pas naïfs pour autant : Amazon, Apple ou Google se moquent bien de littérature et se frottent les mains devant nos débats stériles. Leurs intérêts ne sont pas les notres, et si nous n’exigeons rien, nous perdrons tout : plutôt que de se lamenter sur la fin du livre papier, refusons les DRM, battons nous pour imposer un format qui ne soit pas propriétaire (tel que le epub), exigeons un meilleur support de lecture.