Les livres numériques sont-ils de vrais livres ?

Les livres de poche sont-ils de vrais livres ? Leurs lecteurs sont-ils de vrais lecteurs ? (Jean-Paul Sartre dans la revue Les temps modernes)

Ralentissons le progrès de la bêtise, s’il vous plaît. Encore un instant, Monsieur le bourreau numérique. (Frédéric Beigbeder, préface à Premier bilan après l’apocalypse)

Il y a peu j’ai testé à la maison la dernière liseuse SONY : bel appareil, léger, élégant, et un affichage à mon avis bien au-dessus de ce qu’offre actuellement la concurrence. Pour autant, Le surlignage et la prise de notes sont incontestablement plus faciles, plus intuitifs, plus agréables sur mon Ipad. Et puis le seul noir & blanc, le flash noir à l’affichage des pages, un tactile d’un autre temps sont pour l’instant rédhibitoire. Mais la tablette, elle, souffre de son poids, de sa (relative) faible autonomie et de son écran rétro-éclairé (fatigue oculaire, mais surtout impossibilité de lire en extérieur). Certes, comme le souligne François Bon, on voit se profiler une convergence des deux technologies qui à terme débouchera sur un support parfaitement adapté, mais pour l’heure, j’ai un peu l’impression qu’on veut nous vendre à tout prix des objets qui ne correspondent pas à nos attentes. Pas d’enthousiasme délirant de ma part pour le lecteur numérique, donc, mais, à l’inverse, une curiosité forte pour le livre numérique. Nouveau support, nouvelles habitudes de lecture, nouvelles manières d’écrire, le livre numérique propose tout cela à la fois. Pourtant, le livre numérique fait peur, parce qu’il porte en lui une révolution : avec lui, c’est toute la chaine du livre qui bouge, et cela ne se fera pas sans casse. En même temps, cela fait des années que j’entends libraires et éditeurs dire que le numérique ne prendra pas : parce qu’ils n’en voulaient pas, ils ont cru que personne n’en voudrait. Aujourd’hui les voilà face au mur, et alors qu’ils auraient pu s’y préparer, ils semblent maintenant condamnés à réagir à défaut de pouvoir véritablement agir. Aucun ne semble avoir retenu la leçon de la dématérialisation de la musique qui, il y a à peine dix ans, a mis l’industrie du disque à genoux. Pire, on reproduit les mêmes erreurs, en recourant par exemple aux DRM, ces protections que n’importe quel gamin fera sauter en deux minutes, et qui n’ont pour effet que d’encourager le piratage.

Pourtant, il ne s’agit pas (ou plus) d’être pour ou contre le numérique, comme certains feignent encore de le croire. Arrêtons d’opposer l’ebook au papier, arrêtons de ne pas voir l’évidence : comme le poche en 1953, le livre numérique est appelé à révolutionner nos habitudes de lecture. Il n’est pas là pour remplacer le papier, il n’annonce pas la fin de la littérature, il ne symbolise, pas plus que le poche il y a 70 ans, l’émergence d’une sous-culture (à l’époque, le philosophe Hubert Damisch dénonçait « une entreprise mystificatrice puisqu’elle revient à placer entre toutes les mains les substituts symboliques de privilèges éducatifs et culturels »).

Ne soyons pas naïfs pour autant : Amazon, Apple ou Google se moquent bien de littérature et se frottent les mains devant nos débats stériles. Leurs intérêts ne sont pas les notres, et si nous n’exigeons rien, nous perdrons tout : plutôt que de se lamenter sur la fin du livre papier, refusons les DRM, battons nous pour imposer un format qui ne soit pas propriétaire (tel que le epub), exigeons un meilleur support de lecture.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s