J’ai été Robert Smith – Daniel Bourrion (Publie.net)

Pour nous qui avons grandi dans les années 80, Robert Smith est l’une des figures qui nous a guidé jusqu’au sortir de l’adolescence, le grand frère à qui l’on s’identifiait, émergeant de la sombre grisaille de la fin des seventies et du West Sussex de l’Angleterre. Sa musique était mélancolique, désespérée et triste comme nos adolescences, mais avait réchappé du nihilisme punk, suffisamment pour qu’en l’écoutant on se sente rebelle sans aller jusqu’à se mettre véritablement en danger.

C’est de cette adolescence-là qu’il est question, bien plus que du leader des Cure, dans le livre de Daniel Bourrion, J’ai été Robert Smith, qui vient de sortir chez Publie.net : (…) échanger sa peau sa vie avec celle d’une star, qu’on s’imagine ça et qu’on comprenne qu’il y avait là une sorte de rêve fou et d’absurdité totale dont on n’avait pas le moins conscience, certain alors que c’était là que se ferait la sortie de la vallée et de la terre aux sillons hauts dont on voulait tant s’échapper (…).

Face à l’ennui, face à un avenir que l’on nous promettait difficile, dans un monde où le Sida venait d’apparaître, un monde frappé (déjà !) par la crise économique, un monde en guerre froide, un monde revenu de tous ses idéaux, que nous restait-il alors pour rêver, sinon (…) la légende dorée qu’on s’inventait au lycée des heures durant vautré sur les mauvais fauteuils aux teintes passées usées par des fesses et des fesses à jeans toujours pareils (…)

Les phrases coulent et nous entrainent sur les traces d’un passé proche et pourtant définitivement dépassé, où l’on s’achetait un walkman pour écouter nos cassettes metal ou ferrochrome, Dolby NR, le temps des premières virées et des premiers défis, le temps des premières bitures aussi. Mais c’est toujours la même histoire, en vérité, les idoles et le folklore changent, mais la blessure est la même, d’une génération à l’autre, et le texte ne peut que résonner fort en chacun de nous.

Dans l’argumentaire qu’il consacre au livre, François Bon parle d’une « prose poétique très dense et très brève ». On ne saurait mieux dire.

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6 réflexions sur “J’ai été Robert Smith – Daniel Bourrion (Publie.net)

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  2. En ce qui me concerne, je suis passé complètement à côté… mais alors, dans les grandes largeurs ! (voir la rubrique « Lectures » sur mon site). C’est intéressant de voir comment une oeuvre peut-être perçue très différemment par deux lecteurs. Ça permet de remettre les choses à leur place, et de relativiser ce que l’on appelle « la critique ». En ce qui me concerne, je préfère parler d’avis… Lorsqu’un texte a fait l’objet d’une édition par un tiers – et sans vouloir être désobligeant envers l’autoédition qui produit aussi de bons textes –, je ne pense pas que l’on puisse démolir un texte et déclarer que celui-ci est nul à ch*** et ne devrait pas exister. S’il a été édité, si un éditeur a misé dessus, du temps et de l’argent, c’est qu’il l’a touché, et que ce texte touchera donc probablement d’autres lecteurs.

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