Le mook électrique

On le doit à la revue XXI, le journalisme d’investigation, grande tradition américaine qui parfois se conjugue avec littérature (1), bénéficie chez nous d’un regain d’intérêt largement mérité.
Depuis son premier numéro en 2008, XXI a fait des petits, et l’on ne compte plus aujourd’hui les Mooks sur les étals des libraires : 6 Mois, Feuilleton, We Demain, la liste est longue.
Contraction de « Magazines » et de « Books », les Mooks proposent en quelque sorte le « meilleur des deux mondes » : des articles autrefois condamnés à l’ephémère d’une parution presse, sont reproposés dans de beaux recueils en quadrichromie voués à rejoindre nos bibliothèques.
Bref, le mook, quand c’est XXI ou Feuilleton, est encore le meilleur argument du papier face au format numérique : un beau « volume », formidable objet de désir, qui joue de toutes les opportunités du support, mélant richesse du contenant et du contenu.

Il y a là entre parenthèses une piste à creuser pour les éditeurs, quelque chose à trouver pour les livres classiques, une piste qu’explore déjà avec succès Monsieur Toussaint l’Ouverture, dont les ouvrages sont si bien pensés et finis qu’aucune version numérique, aussi aboutie soit-elle, ne peut aujourd’hui envisager de les remplacer.

Mais je digresse. Pour l’heure, disons qu’il n’existe pas d’équivalent numérique au Mook (2) mais, grâce au travail de l’équipe du site Electric typewriter, et à un outil simple, Readability, nous pouvons au moins en lire la quintessence sur liseuse.

Electric typewriter est un tumblr qui propose, organisés par thèmes ou par auteurs, une sélection d’articles et d’essais, accessibles par un simple clic. Readability, application gratuite et compatible multi-plateformes, permet alors de sauvegarder la page choisie sous une présentation élégante et sobre, et accessible partout.
Mais surtout, Readability propose de convertir le texte en epub, ou de l’envoyer directement sur un kindle.
Il existe bien sûr d’autres applications du même genre (instapaper est la plus connue), mais Readability présente deux avantages majeurs : simplicité d’utilisation et gratuité.

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NOTES

(1) : on pense à Tom Wolfe et son nouveau journalisme ou Lester Bangs et son concept Gonzo

(2) : sur ce créneau bien précis : mais il existe déjà de belles revues numériques, tant sur la forme que sur le fond. Je pense en particulier à D’ici là chez publie.net, et il y en a d’autres.

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3 réflexions sur “Le mook électrique

  1. Bonjour, merci pour ce billet. Je dois cependant tempérer votre enthousiasme en évoquant un point que me déplaît vraiment. Si les mooks attestent d’une réelle vitalité de la presse magazine française, certains groupes majeurs du secteurs ont fait de ce modèle éditorial une bulle spéculative.

    Je m’explique. Depuis la création de XXI (le magazine que j’aurais rêvé de créer), Feuilleton, mais également 6 Mois, Polka et Usbek&Rica (première mouture), des entités médiatiques comme le Figaro, Radio France, l’Equipe (pour un très court exercice) ou l’Express se sont engouffrées dans le créneau. Il ne s’agit pas, ici, d’apporter un complément d’information, un éclairage, une méthodologie, mais bien de compléter une offre marketing et industrielle… au même titre qu’une marque automobile se lancera dans la conception de berlines pour les associer aux modèles existant.

    J’ai depuis quelques temps l’impression que la dynamique ralentit et que le modèle s’essouffle, vidé de sa substance par quelque velléité économique. Et mis à part la parution ça et là de quelques titres brillants (comme Schnock), la majorité des nouvelles publications ne semble pas vouée à bouleverser le « marcher ». Dommage pour nous tous.

    Bien cordialement.

  2. C’est vrai, dans l’édition comme ailleurs, dès que quelque chose marche, il y a des suiveurs. La surproduction qui en résulte à souvent des effets négatifs, provocant la lassitude des lecteurs qui finissent par se détourner, au risque de laisser sur le carreau ceux qui avaient innové en premier lieu.
    C’est triste, mais parfois aussi, plutôt amusant à observer : ainsi de la profusion de romans-érotiques-issus-de-l’internet-vendus-à-plusieurs-millions-aux-USA (si, si !) qui s’annonce pour les mois à venir, ou des coffrets cuisine, aujourd’hui sur le déclin, mais qui ces dernières années transformaient à Noël les librairies en BHV, avec les libraires contraints et forcés d’expliquer à madame le fonctionnement de son chalumeau de cuisine spécial crème brulée, ou les avantages de telle ou telle cocotte !

  3. Effectivement, les phénomènes et autres créneaux porteurs sont généralement surexploités jusqu’au tarissement de la source. Mais les deux exemples (Mook-romans/coffrets) que nous avons cités sont différents. L’un porte sur une valeur ajoutée de l’information et de sa diffusion. Le second concerne surtout le divertissement (au sens large du terme). L’impact démocratique et sociétal entraîné le tarissement de l’un n’est pas le même que pour le tarissement de l’autre.

    Bien cordialement

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