Plaidoyer pour le lire (éditions Numeriklivres)

« Combien de temps encore, le discours autour de la lecture restera-t-il concentré essentiellement autour d’une opposition, d’une guerre, de la mort de l’un et de la diabolisation de l’autre ? »

lire290Plaidoyer pour le Lire : pour un peu, avec un titre pareil, on s’attendrait à un bouquin de psycho pop, mais rassurez-vous, on ne vous parlera ici ni de « care », ni de Jacques Salomé. Ce dont il est question en revanche, c’est de notre rapport à la lecture ; de ce qu’est fondamentalement la littérature.
Je me souviens d’avoir lu à 20 ans Benoit Misère de Léo Ferré et d’avoir été choqué quand le héros du livre arrachait quelques pages de son livre qu’il glissait dans sa poche pour pouvoir continuer secrètement sa lecture pendant la messe. Moi je fétichisais mes livres, mais force m’est de constater aujourd’hui que quelques uns de mes plus beaux souvenirs de lecture sont des textes empruntés en bibliothèque, ou lus au format de poche — achetés d’occasion, déjà usés et vieillis —, ou sous forme d’épreuves non corrigées, ces photocopies hativement reliées transmises par les éditeurs aux libraires. Et il m’est aussi arrivé, plus souvent qu’à mon tour, de m’ennuyer profondément à la lecture d’ouvrages pourtant imprimés sur beau papier et finement reliés. Car, comme le soulignent Anita Berchenko et Jean-François Gayrard dans leur introduction : « Le contenu, quoi qu’on en dise, même répliqué dans toutes sortes de contenants, reste ce qu’il est, bon ou mauvais. »

Sans doute parce que le livre est autant un marqueur social que culturel, sa conversion au numérique réveille des peurs parfois irrationnelles. Que cette révolution nous vienne du monde anglo-saxon et s’accompagne d’un langage souvent incompréhensible (qu’il soit culturel : ebook pour livre électronique, e-reader pour liseuse, ou informatique : on parle d’html5 et d’epub, et essayez d’expliquer ça à des gens qui veulent seulement savoir ce qu’ils peuvent lire sur leur nouvel outil) vient ajouter à la confusion. Des craintes, il y en a, et il convient de les entendre, de ne pas les minorer et d’y apporter des réponses. Mais enfin, que de possibilités offertes aussi pour la littérature, que d’opportunités de faire vivre les textes, et de cela, on en entend encore trop peu parler.

Plaidoyer pour le lire, dans son introduction, entend faire le point sur la question, avant de céder la place à quelques textes d’auteurs maison qui évoquent, chacun à leur façon, leur rapport à la lecture, sans jamais citer le mot « livre ».
Enfin l’ouvrage se termine de belle manière avec le texte de Marcel Proust, « sur la lecture ».
Et en cette année de centenaire de la publication du premier tome de La recherche, il est bon de rappeler que le texte fut publié en son temps à compte d’auteur, Proust ayant essuyé le refus de l’ensemble des éditeurs. Et l’on peut se demander si aujourd’hui, finalement, il n’aurait pas choisi lui aussi de publier directement en numérique ?

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