Éric Faye – Somnambule dans Istanbul (éditions Stock)

La proportion d’auteurs qu’un complexe d’inadaptation conduit à se sentir rejeté sur les marges de la société a toujours été très forte. Et lorsque la brume se dissipe au-dessus de la question récurrente « Pourquoi écrivez-vous ? », j’aperçois avec netteté, en guise de réponse, une sensation d’imposture qui ne m’a jamais quitté, en conséquence de quoi les droits d’auteur de mes livres représentent une manière de « pension d’invalidité ».

FayeIl est de ces écrivains que l’on aime à retrouver, livre après livre, comme un ami intime que l’on voit trop peu souvent. Éric Faye est pour moi de ceux-là, que je suis avec une certaine fidélité depuis son troisième livre, Je suis le gardien du phare, paru en 1997 chez José Corti.
Par ailleurs journaliste (et j’aime à surprendre son nom parfois sur certaines dépêches AFP, alors que rien du texte de la brève, factuelle et laconique, ne laisse deviner l’écrivain qui se cache derrière), il alterne les nouvelles et les romans qui viennent tous puiser à une même source magique, une sorte de réalisme merveilleux transposé en Europe centrale ou au Japon.
Somnambule dans Istanbul, qui relève du récit de voyage, est un texte plus intime qui donne à voir l’auteur à découvert, si je puis dire, et à travers son émerveillement ou sa perplexité devant certains lieux ou situations, on devine l’étincelle qui conduisit à l’écriture de certains de ses textes qui nous ont en retour émerveillé : « Il se peut aussi que le goût du Nord soit synonyme de goût pour la solitude. Destinations peu courues, propices au retrait, à la rêverie comme à la méditation, préalables indispensables, pour beaucoup à l’écriture. Solitude qui n’est pas misanthropie, mais nécessité de diluer le moi dans le monde, de n’être plus qu’un regard posé sur ce monde. »
Son goût des îles perdues, de l’Orient, ses déambulations dans les lieux de la Mitteleuropa sur les pas de ses modèles (Franz Kafka, bien sûr, mais aussi Ismail Kadaré, et par effet rebond, je pense moi à côté de lui à d’autres auteurs, roumains ceux-là, qui m’ont marqué : Ionesco, Tzara, Elliade ou Cioran), viennent éclairer à rebours ses textes précédents — qu’ils soient poétiques, merveilleux (au sens premier du terme, qui rapproche le récit du conte) ou fantastiques.

Et puis, il y a cette très belle définition de l’écrivain voyageur, comme un précepte zen, qui vient dans les dernières pages du livre : « N’être rien. Mais voir le monde et en capter la rumeur. »

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